
Imaginons un instant que notre cerveau soit un avocat, et non un scientifique.
Un scientifique part d’une question et suit les faits où qu’ils mènent, quitte à abandonner sa propre hypothèse. Un avocat part d’une conclusion et cherche tout ce qui peut la défendre. Nous aimerions être des scientifiques. Le plus souvent, nous fonctionnons comme des avocats.
Cela peut sembler dur. C’est pourtant cohérent avec ce que l’évolution a fait de nous. Notre cerveau n’a pas été façonné pour découvrir la vérité objective du monde. Il a été façonné pour assurer notre survie au moindre coût énergétique. Et pour survivre, il vaut souvent mieux décider vite, rester cohérent avec le groupe et préserver une image stable de soi, que d’avoir raison.
D’où ce constat troublant : dans bien des situations, notre cerveau ne cherche pas ce qui est vrai. Il cherche ce qui est rassurant, rapide et compatible avec ce que nous croyons déjà.
C’est pour cela que nous retenons spontanément l’information qui nous donne raison et oublions celle qui nous dérange. Que nous trouvons brillant l’argument qui va dans notre sens et bancal celui qui le contredit. Que nous changeons rarement d’avis, même face à des faits solides.
Ce n’est pas de la malhonnêteté. C’est un réglage par défaut. Le problème, c’est que ce réglage, parfaitement adapté à la savane, devient une faille dans un monde d’informations, de négociations et de décisions complexes.
Comprendre cela ne nous condamne pas. Au contraire : c’est le premier pas pour reprendre la main. Car une fois que nous savons que notre cerveau plaide au lieu d’enquêter, nous pouvons faire un geste simple et puissant : chercher activement ce qui pourrait nous donner tort.
C’est inconfortable. C’est précisément pour cela que c’est efficace.
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