Il y a une idée rassurante que nous aimons répéter : avec l’expérience viennent de meilleures décisions. Les années nous apprendraient à éviter les pièges, à voir venir les erreurs, à décider plus juste.
C’est parfois vrai. Mais pas toujours. Et dans certains cas, l’expérience produit l’effet inverse.
Car l’expérience construit des automatismes, et les automatismes nous rendent rapides et sûrs de nous. Un professionnel chevronné reconnaît une situation en un clin d’œil et applique le schéma qui a marché cent fois. C’est une force immense. Jusqu’au jour où la situation ressemble aux précédentes sans en être une. Là, l’expérience ne nous éclaire plus. Elle nous aveugle, parce qu’elle nous fait voir du connu là où se cache du nouveau.
Il y a aussi un effet plus discret. Plus nous accumulons d’expérience, plus nous gagnons en confiance, et la confiance réduit la vigilance. Le débutant doute, vérifie, demande conseil. L’expert tranche. La plupart du temps, l’expert a raison. Mais quand il se trompe, il se trompe avec une assurance qui empêche quiconque de le contredire, lui le premier.
C’est pour cela que des erreurs spectaculaires sont parfois commises non par des novices, mais par des personnes très expérimentées. Leur compétence est réelle. C’est leur certitude qui a baissé la garde.
L’expérience n’est donc pas une protection automatique. Elle devient une force à une condition : rester accompagnée de doute. L’expert le plus fiable n’est pas celui qui ne se trompe jamais, c’est celui qui continue de se demander « et si, cette fois, c’était différent ? ».
Le vrai danger n’est jamais l’ignorance qui se sait ignorante. C’est la compétence qui a cessé de se surveiller.
Avez-vous déjà vu l’expérience de quelqu’un, ou la vôtre, se transformer en angle mort ?
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