
Posons une question simple : qui, autour de nous, se considère comme facilement manipulable ?
Presque personne. Nous reconnaissons volontiers que les autres se laissent influencer : la foule, les naïfs, ceux qui regardent trop de publicités. Mais nous ? Nous gardons la tête froide. Nous décidons par nous-mêmes.
Cette conviction est précisément ce qui nous rend vulnérables.
Les chercheurs lui ont même donné un nom : l’effet de troisième personne. Nous estimons systématiquement que l’influence agit sur autrui bien plus que sur nous-mêmes. Et c’est une faille magnifique, car celui qui se croit immunisé baisse la garde. Il ne se surveille pas. Il attribue chacun de ses choix à sa seule volonté lucide.
Or l’influence ne fonctionne pas en nous forçant. Elle fonctionne en se faisant passer pour notre propre pensée. Quand elle réussit, nous ne ressentons aucune contrainte : nous avons simplement l’impression d’avoir décidé librement. C’est tout le génie du mécanisme : plus il opère, moins il se voit.
Cela signifie une chose inconfortable. Le sentiment de « décider librement » n’est pas une preuve que nous décidons librement. Ce sentiment est présent dans les deux cas, que nous soyons influencés ou non. Il ne nous renseigne donc sur rien.
Faut-il en conclure que nous sommes des marionnettes ? Non. Mais la lucidité commence par un renversement d’humilité : cesser de nous demander « est-ce que je me laisse influencer ? », question à laquelle notre ego répond toujours non, pour nous demander « par quoi, en ce moment précis, suis-je en train d’être influencé ? ».
La première question ferme les yeux. La seconde les ouvre. Et reconnaître que nous sommes tous influençables n’est pas un aveu de faiblesse : c’est la condition même pour le devenir un peu moins.
Et vous, à quand remonte la dernière fois où vous avez surpris une influence en train d’agir sur vous ?
Ajouter un commentaire